Massimo Introvigne

La Famille

CHRONOLOGIE DE LA FAMILLE

1640:  Augustin, le traité posthume de Mgr Cornelius Jansen, a été publié à Louvain.

1642 : La première condamnation pontificale du « jansénisme » est prononcée.

1713 (8 septembre) : La bulle papale Unigénite par Clément XI marqua la condamnation définitive du jansénisme.

1727 (1er mai) : le diacre François de Pâris meurt à Paris.

1731 : Des miracles commencent à être signalés sur la tombe du diacre François de Pâris au cimetière Saint-Médard de Paris.

1733 : Le mouvement des « Convulsionnaires » est repoussé dans la clandestinité.

Années 1740 : La crucifixion et d'autres pratiques extrêmes impliquant des convulsionnaires (principalement des femmes) ont commencé.

1744 (23 février) : Claude Bonjour est né à Pont-d'Ain, dans l'Est de la France.

1751 (4 janvier) : François Bonjour naît à Pont-d'Ain.

1762 (25 juillet) : Jean-Pierre Thibout est né à Épinay-sur-Seine, près de Paris.

1774 : Claude Bonjour est nommé curé de Fareins, Dombes, France.

1783 : Claude Bonjour démissionne comme curé de Fareins au profit de son frère François.

1787 (10 octobre) : Étiennette Thomasson est crucifiée en l'église paroissiale de Fareins.

1788 : Des poursuites pénales contre les frères Bonjour sont engagées.

1789 (5 janvier) : Marguerite Bernard meurt à Paris, à la suite d'extrêmes austérités.

1790 (6 juin) : Les frères Bonjour et plusieurs fidèles sont arrêtés.

1791 (10 septembre) : Claude Bonjour est libéré de prison.

1791 (19 novembre) : François Bonjour est libéré de prison.

1791 (5 décembre) : La famille Bonjour quitte Fareins et s'installe à Paris.

1792 (21 janvier) : Jean Bonjour, fils de François Bonjour et de Benoite Françoise Monnier, naît à Paris.

1792 (18 août) : Israël-Elie Bonjour (Lili), fils de François Bonjour et de Claudine Dauphan, naît à Paris.

1799 : Sœur Élisée (Julie Simone Olivier) est acceptée comme voix prophétique au sein du groupe Bonjours.

1800 : François Bonjour déclare que les messages prophétiques de sœur Élisée « ne viennent pas du Saint-Esprit ».

1805 (20 janvier) : François Bonjour est arrêté à Paris avec une quinzaine de proches et de fidèles.

1805 (mai) : François Bonjour et sa famille sont expulsés vers la Suisse (ou acceptent de s'y rendre pour éviter d'être à nouveau arrêtés).

1812 (4 janvier) : Israël-Elie Bonjour épouse Marie Collet.

1814 (6 mars) : Claude Bonjour est décédé à Assens, Canton de Vaud, Suisse.

1817 (date inconnue) : Sœur Élisée décède en région parisienne.

1819 (2 janvier) : Jean-Pierre Thibout et François Joseph Havet réorganisent les adeptes des Bonjours à Paris.

1836 (12 juillet) : Jean-Pierre Thibout meurt à Paris.

1846 (24 avril) : François Bonjour meurt à Paris.

1863 (25 avril) : Paul-Augustin Thibout (Mon Oncle Auguste) est né à Paris.

1866 (4 septembre) : Israël-Elie Bonjour décède à Ribemont, Aisne, France.

1920 (Mars) : Paul-Agustin Thibout meurt à Villiers-sur-Marne.

1961-1963 : D'anciens membres de La Famille organisent un kibboutz à Pardailhan, dans l'Hérault, grâce auquel certains médias français découvrent l'existence de La Famille.

2013 (nuit du 10 au 11 juin) : La villa de La Famille à Villiers-sur-Marne (Les Cosseux) est incendiée par un incendiaire et gravement endommagée.

2017 (4 juillet) : Contactée par d'anciens membres, la mission gouvernementale française anti-sectes MIVILUDES publie un document critique à l'égard de La Famille.

2020-2021 : À l'aide de documents publiés sur Facebook par un ex-membre hostile, plusieurs médias français ont publié des articles sur La Famille.

2021 : la journaliste Suzanne Privat publie le livre La Famille. Itinéraires d'un secret.

HISTORIQUE DU FONDATEUR / DU GROUPE

Le jansénisme est un mouvement théologique né au XVIIe siècle qui a importé dans le catholicisme des éléments protestants, notamment une doctrine de la prédestination, une morale puritaine, l'autonomie des églises nationales et l'introduction de lectures en français plutôt qu'en latin au sein de la liturgie catholique. Il tire son nom de l'évêque néerlandais Cornelius Jansen (1585-1638), [Image à droite] bien que ce dernier ne veuille établir aucun mouvement, et son livre Augustin n'a été publié qu'après sa mort, en 1640. Il a rencontré une condamnation papale presque immédiate en 1642 comme promouvant une forme de crypto-protestantisme.

Ce qu'on appellera le « jansénisme » connaît un succès particulier en France, où il séduit d'éminents intellectuels, comme le philosophe Blaise Pascal (1623-1662), et un nombre important d'évêques et de prêtres. Pour des raisons politiques aussi bien que religieuses, il a été supprimé au XVIIIe siècle par l'Église catholique et la monarchie française. Le document le plus fort était la bulle papale Unigénite par Clément XI (1649-1721) en 1713, bien que son influence culturelle s'est poursuivie jusqu'au XIXe siècle et s'est étendue à d'autres pays (Chantin 1996).

Le jansénisme n'a jamais été un mouvement d'intellectuels seulement. Un jansénisme populaire s'est développé autour du culte (non autorisé par l'Église catholique) de « saints » comme le janséniste diacre François de Pâris (1690-1727). Sa tombe dans le cimetière parisien de l'église paroissiale Saint-Médard est témoin des premiers phénomènes des « Convulsionnaires », qui convulsent, s'évanouissent, crient, prophétisent et se disent guéris de diverses maladies.

Finalement, le mouvement des Convulsionnaires s'est étendu de Paris à plusieurs villes et villages de France, et a ajouté aux convulsions des pratiques extrêmes appelées secours, où les fidèles, principalement des femmes, se soumettaient volontairement à des coups, à la torture et même à la crucifixion pour se connecter mystiquement avec Jésus et premiers martyrs chrétiens. [Image à droite]. Les premiers érudits du jansénisme considéraient les convulsionnaires comme un groupe déviant, tandis que les historiens ultérieurs ont souligné les continuités entre le jansénisme « cultivé » et le jansénisme « populaire » (Chantin 1998 ; Strayer 2008).

Les Convulsionnaires ne sont jamais devenus un mouvement unifié. Ils formaient un réseau, et un dévot se déplaçant d'une ville française à une autre pouvait y être accueilli par d'autres convulsionnaires. Le plus souvent, les différents petits gLes groupes se sont critiqués et se sont excommuniés, en particulier après que certains des dirigeants ont eux-mêmes avancé des revendications messianiques (Chantin 1998 ; Maury 2019).

Un groupe réussi de convulsionnaires s'est développé à partir des années 1770 autour du père François Bonjour (1751-1846 : les dates complètes, lorsqu'elles sont disponibles, sont fournies dans la chronologie ci-dessus), connu plus tard sous le nom de « Silas », le curé de Fareins, un village français région de la Dombes, à une vingtaine de kilomètres de Lyon. [Image à droite] Les activités du père François, menées avec la collaboration de son frère aîné et prédécesseur comme curé de Fareins, le père Claude Bonjour (1744-1814), et d'autres prêtres, appartenaient à l'aile la plus extrême des Convulsionnaires.

La crucifixion en 1787 d'une dévote, Etiennette Thomasson (qui survécut, tandis qu'une autre paroissienne, Marguerite « Gothon » Bernard, soumise aux grands secours mourut début 1789), entraîna l'intervention de la police, et les frères Bonjour finirent par prison (Chantin 2014). La confusion des années de la Révolution française les a libérés, mais le Père François décide de quitter Fareins en 1791 [Image à droite] et de s'installer à Paris. La raison principale en était que, prétendant qu'il y avait été commandé par une révélation divine, le prêtre avait pris deux amants, sa servante Benoite Françoise Monnier, et Claudine Dauphan (parfois orthographié « Dauphin », 1761-1834 : François Bonjour aurait pu l'épouser secrètement le 23 novembre 1790), la servante d'un chef des Convulsionnaires à Lyon, et toutes deux étaient enceintes (Maury 2019 : 136-44).

Finalement, le Père François a expliqué les événements dans le cadre d'une théologie millénariste. Benoite engendrera un enfant mâle, Jean Bonjour (1792-1868), qui servira de Jean-Baptiste à la nouvelle incarnation divine, le fils de Claudine Israël-Elie Bonjour (1792-1866), surnommé Lili, qui ouvrira la voie à le Millénium. Tous les Convulsionnaires de Paris n'ont pas accepté l'étrange « sainte famille » du Père François, mais certains l'ont fait, et la naissance de Lili a été célébrée avec beaucoup d'enthousiasme. Une prophétesse, « Sœur Elisée » (Julie Simone Olivier, décédée en 1817), rejoint le groupe et prédit l'avènement imminent du Millénaire dans pas moins de 18,000 1800 pages de révélations, bien qu'après un an de coopération elle rompe avec les Bonjours et établisse son propre groupe séparé en 2019 (Maury XNUMX).

Les partisans des Bonjour appartenaient à la faction des convulsionnaires qui ont accueilli la Révolution française comme une punition méritée pour l'Église catholique et la monarchie qui les avait persécutés (alors que d'autres convulsionnaires sont restés fidèles au roi et se sont opposés à la Révolution). Cependant, la Révolution n'a pas accueilli ceux qui s'appelaient désormais « Bonjouristes », en particulier après que Napoléon a signé en 1801 son Concordat avec l'Église catholique. En janvier 1805, les Bonjour, dont Lili, treize ans, et un groupe d'adeptes ont été arrêtés et plus tard la même année (en mai) exilés en Suisse (ou, comme d'autres le soutiennent, ont négocié avec le gouvernement un déménagement en Suisse comme alternative à l'emprisonnement).

À Paris, Jean-Pierre Thibout (1762-1836), le concierge de l'immeuble où vivaient les Bonjour, s'est imposé comme le leader des « bonjouristes » restants. Il a affirmé plus tard que Lili, avant de quitter la France, avait passé son manteau au fils de Pierre, Augustin Thibout (1802-1837), alors âgé de trois ans, connu sous le nom de «St. Jean-Baptiste » parmi les dévots (pour cette information et les suivantes, voir La Famille sd [1] et Havet 1860).

Les années qui suivirent la Révolution furent quelque peu confuses. Les Bonjour ont été autorisés à rentrer en France en 1811, mais ils semblaient avoir perdu tout intérêt pour leur nouvelle religion. Lili, qui s'était conduite en messie capricieuse dans son enfance, épousa la fille d'un riche marchand, Marie Collet (1794-1829), qui lui donna dix enfants. Avec l'aide de son beau-père, Lili devient un industriel prospère. Il fut également colonel de la garde nationale et reçut la Légion d'honneur en 1832. Il mourut en 1866, et tout comme son père François, décédé en 1846, ne joua pas un rôle significatif dans le développement ultérieur des Bonjouristes, même si certains ont continué à correspondre avec lui et ont reçu sa bénédiction.

En fait, Jean-Pierre Thibout a construit un « Bonjourisme » sans les Bonjour, qui a continué à vénérer Lili comme une présence mystique indépendamment de la vraie Lili en chair et en os, qui s'occupait d'ailleurs de ses affaires. Le groupe a continué à célébrer l'anniversaire de la réorganisation du mouvement le premier samedi de janvier 1819 (2 janvier). C'est à cette date que Thibout discutait de la mission de Lili dans un café de la banlieue parisienne de Saint-Maur avec son coreligionnaire François Joseph Havet (1759-1842). Au moment de payer l'addition, ils posèrent deux pièces sur la table, et une troisième pièce, rapportèrent-ils, apparut miraculeusement, signe que Dieu bénissait leurs projets.

Mais en fait, un groupe de familles a gardé la foi en Lili et continuerait à se rencontrer et à se marier tranquillement. « La Famille », comme on l'appelait, affirmait qu'elle n'avait pas de chef, mais en fait les fils aînés de la famille Thibout, tous nommés Augustin comme Lili l'avait demandé un jour, avaient une certaine importance dans le mouvement et dictaient certaines des pratiques actuelles (voir ci-dessous, sous Rituels/Pratiques).

Quelque 3,000 11 adhérents (bien que les statistiques précises soient difficiles) restent dans le mouvement, et vivent aujourd'hui pour la plupart dans le même quartier parisien (XNUMXth12thet 20th arrondissements), souvent dans les mêmes immeubles.

DOCTRINES / CROYANCES

La Famille a une théologie chrétienne de base, mais enseigne que toutes les églises sont corrompues et qu'elle a été laissée dans le monde par Dieu comme un petit reste pour inaugurer le Millénium, un royaume de Dieu sur Terre qui durera 1,000 ans.

La Famille contemporaine célèbre les Convulsionnaires comme de saints ancêtres, mais ne répète pas leurs pratiques, tout comme les catholiques romains vénèrent les saints qui ont pratiqué des austérités extrêmes mais ne les imitent pas.

La Famille lit au sujet de Lili et s'attend à ce que lui ou son esprit revienne d'une manière ou d'une autre pour inaugurer le Millénaire, mais ne propose aucune date pour ce retour.

Les critiques de La Famille décrivent sa connexion janséniste comme « à distance », mais ses chansons sont encore pleines de réminiscences jansénistes. Les grands moments du jansénisme continuent d'être célébrés, tout comme le saint diacre François de Pâris. L'Église de Rome est condamnée comme déviante (puisqu'elle a répudié le jansénisme comme sa dernière chance de réforme) et corrompue, avec des accents qui rappellent l'anticléricalisme français du XIXe siècle. Les non-membres sont appelés « Gentils », et bien que leur sort dans le millénaire reste incertain, ils sont souvent critiqués dans les chansons comme ne faisant pas partie de ceux choisis par Dieu pour le suivre et défendre la vérité dans les temps sombres (La Famille sd [2 ])

Alors que les origines de La Famille sont dans le catholicisme romain et le jansénisme (et certains textes du jansénisme du XVIIIe siècle sont encore lus dans le mouvement), les voisins les décrivent souvent comme « protestants », car leur attitude et leur moralité conservatrice sont plus proches des évangéliques que des évangéliques. aux catholiques.

En revanche, malgré son puritanisme et ses racines jansénistes, La Famille entretient une relation familière avec Dieu, qui s'appelle « Bon Papa », et fait confiance à sa bienveillance et à ses soins. Aux yeux des fidèles, c'est la racine de l'attitude aimante et bienveillante des membres les uns envers les autres, qui conduit beaucoup à rester dans La Famille, malgré sa rigueur.

RITUELS / PRATIQUES

En 1892, Paul Augustin Thibout (1863-1920), descendant direct de Jean-Pierre Thibout qui s'appelait « Mon Oncle Auguste », [Image à droite] édicte une série de préceptes visant à préserver La Famille de contacts avec la société dans son ensemble, qu'il croyait désespérément corrompue.

Ce qu'il a prescrit exactement est une question de controverse entre les membres et les opposants. Certes, il a exprimé peu de sympathie pour les écoles publiques, les vacances et le travail en dehors de la communauté. Ces préceptes sont désormais largement ignorés, et les enfants de La Famille (sauf ceux d'une minorité de familles archi-conservatrices, qui préfèrent l'enseignement à domicile) fréquentent les écoles publiques (souvent avec de très bons résultats), accompagnent leurs parents en vacances, profitent Musique moderne. Ils peuvent obtenir des résultats professionnels significatifs dans des carrières que l'oncle Auguste n'aurait pas approuvées (bien qu'ils ne deviennent pas médecins ou avocats, croyant que seul Dieu est le maître de la santé et du droit).

Les femmes d'aujourd'hui ne portent pas nécessairement de longues chemises ou ne gardent pas leurs cheveux longs, selon d'autres préceptes de l'oncle Auguste, bien que certaines le fassent. Ce qui reste de son héritage, cependant, c'est que La Famille ne fait pas de prosélytisme et n'accepte plus de nouveaux membres de l'extérieur. De plus, les fidèles ne se marient pas avec des « gentils », c'est-à-dire des non-membres. Cela a conduit à une situation où tous les membres de La Famille sont identifiés par les mêmes huit noms de famille.

L'oncle Auguste a également célébré la consommation de vin comme un lien entre les membres masculins du mouvement, citant des précédents bibliques, et les célébrations bruyantes de l'alcool sont restées une caractéristique distinctive de La Famille. Et il inaugure la pratique de célébrer les principales fêtes du pays et du christianisme (et certaines typiques de La Famille, comme la commémoration de la réorganisation du groupe en 1819) dans sa propriété des Cousseux, à Villiers-sur-Marne . [Image à droite] La propriété appartient toujours à La Famille et a été restaurée après l'incendie d'un incendiaire (peut-être un ex-membre en colère) en 2013. Les mariages (la plupart étant des cérémonies purement religieuses, non enregistrées pour validité légale) également ont souvent lieu aux Cousseux.

Le chant est un élément clé des célébrations de La Famille, et les cantiques sont une composante principale de sa littérature autrement rare.

QUESTIONS / DEFIS

La Famille était restée largement méconnue des médias et des érudits, des livres sur le Bonjourisme le proclamant à tort dissous au XIXe siècle. Cependant, en 1960, un membre de la famille Thibout, Vincent (1924-1974), qui avait visité Israël, décide d'établir un kibboutz à Pardailhan, dans l'Hérault, et il emmène avec lui une vingtaine de familles de La Famille. Si l'expérience, qui s'est effondrée en 1963, a été désavouée par la communauté parisienne et a conduit à une séparation totale de La Famille, elle a attiré l'attention de plusieurs sources médiatiques, qui ont également évoqué les origines Famille des fondateurs. [Image à droite]

Après la fin du kibboutz de Pardailhan, Vincent Thibout a créé deux entreprises régies selon la philosophie du kibboutz. Après sa mort, l'un de ses successeurs a été accusé de violences physiques contre d'autres fidèles. Les critiques ont utilisé cet incident pour attaquer La Famille malgré le fait que le groupe de Vincent avait une relation contestée avec La Famille.

Le kibboutz de Pardailhan avait pourtant été largement oublié au XXIe siècle. L'élément qui a ramené La Famille dans la controverse était les campagnes anti-sectes parrainées par le gouvernement en France. D'anciens membres de La Famille ont pris connaissance de ces campagnes et ont contacté la mission gouvernementale anti-sectes MIVILUDES dans la décennie commençant en 2010. En 2017, la MIVILUDES a publié une note reconnaissant qu'il était difficile d'appliquer son modèle « culte » à La Famille ( MIVILUDES 2017). Dans le modèle anti-sectes français, chaque « secte » est censée être dirigée par un « gourou » qui exploite des adeptes crédules. Bien que cette forme de leadership gourou n'ait pas été présente dans La Famille, la MIVILUDES trouvait encore des « dérivés sectaires », un concept utilisé pour identifier des problèmes « sectaires » dans de nombreux groupes dénoncés par d'anciens membres et des groupes anti-sectes. D'anciens membres ont également remarqué le développement de campagnes anti-sectes sur les réseaux sociaux, et un ancien membre a créé un groupe Facebook critique.

Les articles médiatiques ont commencé à apparaître et ont proliféré en 2021 (voir par exemple Jacquard 2021 ; Cala et Pellerin 2021), alors que les journalistes se sont largement inspirés du site Facebook pour des articles sur le « culte secret au cœur même de Paris ». La même année, la journaliste Suzanne Privat publie La Famille. Itinéraires d'un secret [Image à droite]. Elle a commencé des recherches pour son livre après avoir découvert que de jeunes membres d'une communauté religieuse (dont elle n'était apparemment pas au courant), qui se ressemblaient physiquement et avaient un nombre limité de noms de famille, étaient dans les mêmes écoles à Paris avec ses deux enfants. Comme elle n'a pas pu interviewer les membres actuels et s'est appuyée sur des comptes d'anciens membres hostiles, le livre de Privat a contribué à l'image publique contestée de La Famille.

Ce qui dérange le plus les opposants anti-sectes français et la MIVILUDES à propos de La Famille, c'est son « séparatisme », un mot utilisé en France pour critiquer divers groupes. Les membres de La Famille ont survécu pendant des siècles en restant en grande partie insulaires, avec une variété d'implications qui ont attiré l'attention des critiques. Les membres ne participent pas aux élections, les mariages ne sont pas légalement enregistrés, leurs enfants sont éduqués différemment et il y a eu des cas de maladies génétiques dues à l'endogamie des groupes.

La Famille ne s'étonne pas de la controverse qu'elle connaît alors que ce qu'elle considère comme des persécutions ont été prédites dans ses prophéties. Cependant, l'accent français actuel sur « l'anti-séparatisme » peut créer des problèmes que le groupe n'a pas connus depuis l'ère napoléonienne.

Démarche Qualité
Image #1 : Évêque Cornelius Jansen.
Image #2 : Le "secours" dans un 18th-siècle lithographie.
Image #3 : Père François Bonjour, « Silas ».
Image #4 : L'église paroissiale de Fareins.
Image #5 : Paul Augustin Thibout, « Mon Oncle Auguste ».
Image n°6 : Les Cosseux, à Villiers-sur-Marne, au temps de « l'oncle Auguste ».
Image #7 : Membres de la communauté Pardailhan, 1961.
Image #8 : Couverture du livre de Suzanne Privat.

RÉFÉRENCES

Cala, Jeanne et Juliette Pellerin. 2021. "'La Famille', une secte au cœur de Paris." Paris Match, 20 avril. Consulté sur https://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-Famille-une-secte-au-coeur-de-Paris-1734414 Sur 18 juillet 2021.

Chantin, Jean-Pierre. 2014. Il était une croix, ou la curieuse et édifiante histoire du crucification de la Tiennon en 1787, et ses suites. Villefranche-sur-Saône : Éditions du Poutan.

Chantin, Jean-Pierre. 1998. Les Amis de l'Œuvre de la Vérité. Jansénisme, miracles et fin du monde au XIXe siècle. Lyon : Presses universitaires de Lyon.

Chantin, Jean-Pierre. 1996. Le Jansénisme. Entre hérésie imaginaire et résistance catholique. Paris: Cerf.

Havet, Walstein. 1860. "Mémoire du Grand-Père Walstein". Manuscrit. Posté sur la page critique https://www.facebook.com/lafamille.secte/ le 30 janvier 2021 [il était paru en 2020 sur une autre page critique, n'existant plus].

Jacquard, Nicolas. 2021. « Dans le secret de « la Famille », une communauté religieuse très discrète en plein Paris. Le Parisien, June 21. Accessible depuis https://www.leparisien.fr/faits-divers/dans-le-secret-de-la-famille-une-communaute-religieuse-tres-discrete-en-plein-paris-21-06-2020-8339295.php Sur 18 juillet 2021.

La Famille. sd [1]. “Recueil sur la Sainte Famille.” Manuscrit. Posté sur la page critique https://www.facebook.com/lafamille.secte/ le 30 janvier 2021 [il était paru en 2020 sur une autre page critique, n'existant plus].

La Famille. sd [2]. "Cantiques." Manuscrit. Posté sur la page critique https://www.facebook.com/lafamille.secte/ le 30 janvier 2021 [il était paru en 2020 sur une autre page critique, n'existant plus].

Maury, Serge. 2019. Une secte janséniste convulsionnaire sous la Révolution française. Les Fareinistes (1783-1805). Paris : L'Harmattan.

MIVILUDES. 2017. « Note d'information sur la communauté 'La Famille'. » Paris : MIVILUDES.

Privat, Suzanne. 2021. La Famille. Itinéraires d'un secret. Paris : Les Avril.

Strayer, Brian E. 2008. Saints souffrants : jansénistes et convulsionnaires en France, 1640-1799. Eastbourne, Sussex : Sussex Academic Press.

Date de publication:
20 Juillet 2021

 

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